Ah ! Constante malédiction, c’est à toi que j’adresse
Cette plainte qui m’oppresse,
Depuis ce jour où tu attachas le très lourd carcan,
Terrible fardeau du temps.
Permets-moi d’invoquer là, de toute ma volonté
L’esprit qui pourra m’aider.

Faust dans son cabinet d'étude, Georg Friedrich Kersting

Faust dans son cabinet d’étude, Georg Friedrich Kersting

Esprit — je le nomme — mon âme profonde l’appelle ;
Saura-t-il m’être fidèle ?
Je n’ai plus rien à gagner, mais ai-je à perdre, vraiment,
Autre chose que mon temps ?
Fatigué, je vais lui motiver ma noble requête ;
Qu’il l’entende, je souhaite.

De toute ma vie, j’ai appris, j’ai connu, j’ai compris
Et maintenant, je m’ennuie.
J’ai demandé, j’ai obtenu, j’ai même savouré
Tous les plaisirs désirés.
Argent, savoir, pouvoir, succès, vin, je m’en suis repu,
C’est assez, je n’en veux plus !

Le monde m’endort, les jours sont longs, les heures se traînent
La Mort elle-même rengaine.
Esprit, s’il m’écoute, qu’il se montre là, devant moi
Ou que ce poison me noie !
Croyez bien que si nul bonheur ne peut me satisfaire,
À Dieu, je ferai la guerre !

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