LE JEUNE HOMME

Je sens mon soupir se faire long
Je sens mes jours rongés d’espoir
Passer comme passent les saisons
Nul réconfort ne se laisse voir.

Je sillonne ce sentier sans fin, monotone
Jalonné de fleurs déjà fanées
Je jette sur elles ma convoitise d’automne
Car ce monde, elles l’ont déjà quitté.

LA MORT

Ténèbres ! Ténèbres ! Je parcours
Ce gigantesque espace terrestre
À toute allure, de ma danse équestre
Pour, peut-être, mettre fin à vos jours.

Je fauche, ça et là, je n’ai que faire
De votre âge, de votre richesse
De votre titre, de votre espèce
Je vous fendrai de mon fer !

LE JEUNE HOMME

Ma peine perdure, je râle à chaque pas
Diable ! Mais que vois-je au loin ?
Cette sombre et svelte silhouette que je vois
Serait-ce une vision, fruit de mon chagrin ?

Ô destin malicieux, de moi te jouerais-tu ?
Je sens frémir mon corps, c’est elle
La Mort, j’espère, je n’en peux plus
Qu’elle me libère de ces tourments éternels !

LA MORT

En voilà un qui me paraît bien vif
Pour mériter déjà le trépas
Voyons voir, descendons ci-bas
Ce mortel m’exposera ses motifs.

L’air est sec, rempli de désarroi
Je lis autant de plaintes dans ses yeux
Qu’il y a d’étoiles dans les cieux
Je devine ici ma prochaine proie.

LE JEUNE HOMME

Ayez pitié pour une âme troublée
J’erre, abandonné, dans la solitude
À la recherche de l’Éternité
Assommé d’incertitudes.

C’est uniquement dans une bière
Que je trouverai ma providence
Abrégez mon long calvaire
Accordez-moi cette chance.

LA MORT

Mortel, à qui j’ai prêté l’oreille
Ainsi souhaites-tu disparaître
Tu assisteras, comme tes ancêtres
Au dernier coucher de soleil.

Goûte de la Mort, les prérogatives
Ton cœur affligé se paralyse
Voilà maintenant la finale exquise
De ta pénible vie fugitive.

 

« O komme Tod, und löse diese Bande!
Ich lächle dir, o Knochenmann »

— Der Jüngling und der Tod, Joseph von Spaun.

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