L’Amour était là, dans ce monde onirique, sans raison apparente et pourtant semblait-il heureux de s’y reposer. Intrigué et agacé, je le regarde en lui présentant ces mots qu’il comprenait sans même les toucher ; dire que je me donnais la peine de les lui souffler, comme s’il devinait déjà que mes sollicitations l’ennuieraient :

— « Mais ! Que faites-vous là l’Amour ?
« Quelle âme puisse vivre ici qui aurait besoin de vous ?
« Quelle âme désire l’impalpable image ?
« Quelle âme souhaite se nourrir de vos mirages ?
« Quelle âme ? Cela va me rendre fou…
« Ce monde est mensonge puisqu’il est songe ! »

Après un silence immesurable — car tout ce qu’il y a dans un rêve n’est définitivement pas mesurable — celui-ci, me voyant lassé de son mépris, me répond alors :

— « Monsieur, quelle impolitesse !
« Je donne l’espoir et le réconfort,
« Je n’ai point à recevoir de telles anaphores ! »
— « Espoir… Réconfort… » Rétorquai-je, non convaincu,
« Mais ne saisissez-vous donc pas ?
« Que votre amour ici ne puisse avoir de loi ?
« Dans la réalité, vous êtes nécessaire
« Pour de nombreuses âmes plongées dans la misère
« D’une vie éteinte sans l’éclat de votre lanterne
« Votre place n’est point dans ce monde externe. »

L’amour me raillait, je sentais que selon lui, ce n’était pas lui qui n’avait pas sa place ici, mais mes propos. Il répondit, toujours assis sur son banc de marbre aussi froid que ses mots :

— « Sachez une chose, c’est qu’ici
« Règnent la paix et l’envie.
« Si vous pensez que là-bas
« La Passion vous attendra
« Vous perdez votre temps
« Car une fois que le vent
« Emportera vos espoirs
« Vous vous mirerez dans un miroir
« Qui ne sera autre que votre tombe. »

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